TRACTS

 

 

 

                                   COMPTE RENDU CET 24 SEPTEMBRE 2009

 

                                               Exclusif : la direction a une vision

 

On n’a pas souvent l’occasion de rire à l’occasion de ces réunions mensuelles qui constituent  souvent une torture pour un élu normalement constitué comme moi.

J’en sors régulièrement frustré. Frustré parce que comme tout le monde je me heurte au mur infranchissable érigé par la direction, constitué de parpaings de surdité à l’égard des doléances des salariés cimentés par une force d’inertie sur tous les sujets qui ne l’intéressent pas ( organisation et conditions de travail entre autres thématiques mineures ).

Pour dire que je ne me faisais aucune illusion sur cette nouvelle séance à laquelle je me suis rendu l’œil torve et le teint blafard…

Mais j’avais tort de craindre la perspective de plusieurs heures d’ennui programmé car rapidement la direction en a sorti une bien bonne, une bien grasse dont elle seule détient le secret de fabrication.

 

La direction a des visions

 

Interpellée sur la situation générale de l’institution, elle a asséné le troublant « La direction locale a une vision !... »

Les yeux m’en sont immédiatement sortis des orbites et j’en suis tombé de mon siège sous le regard ironique de mes collègues bien peu charitables en cette occasion. Me regardant me tordre de rire longuement à terre parce qu’une blague pareille, je n’en avais pas entendue d’aussi drôle depuis la tournée triomphale en province des Frères ennemis à l’été 1957.

Que la direction ait jamais eu une quelconque vision sur quelque sujet que ce soit ne m’avait  jusqu’ici pas vraiment sauté aux yeux.

 

Saluons donc ce coming out courageux de la part d’une direction à œillères qui souhaite nous informer qu’elle est subitement devenue clairvoyante.

Difficile en effet de nier que depuis son arrivée celle-ci a plutôt l’acuité visuelle d’un cyclope borgne jouant à colin-maillard dans un tunnel…

Difficile de nier qu’elle se contente d’obéir au doigt et à l’œil à un secrétaire d’Etat larmoyant et un Directeur général lessivé qui déclinent leurs lubies au gré d’annonces présidentielles  tape-à-l’œil.

 

Nous aurons toute la journée et tous les sujets abordés pour malheureusement constater que la direction a toujours la vue basse, confondant allégrement « vision » et « visions », « réalité » et « illusion ».

 

La précarité est bien vue à Pôle emploi

 

La direction voit clairement d’un bon œil l’augmentation des embauches en CDD dans l’institution et n’y voit visiblement pas l’ombre d’un problème.

Tant pis pour l’exemplarité que l’établissement devrait montrer en matière d’emploi stable et de lutte contre la précarité, valeurs qu’elle défend officiellement pour les autres.

Le fameux « Fais ce que je dis, pas ce que je fais ! »

Pire encore, la direction fait grande consommation de contrats aidés qui ne lui coûtent pas les yeux de la tête et ne se donne même pas la peine de leur offrir l’aumône d’un temps plein comme la loi l’y autorise.

Concernant l’engagement d’un suivi particulier de ces personnes une fois leur contrat non renouvelé, la direction semble quelque peu avoir perdu cet aspect de vue, pour ne pas dire qu’elle s’en fiche pas mal. Rappelée à ses obligations, elle a promis je ne sais plus quoi, de toute façon ça n’a pas d’importance vu que personne ne la croit.

Peut-être qu’ils soient prioritaires pour un atelier « j’apprends à rédiger une lettre de candidature pour postuler à un contrat aidé à Pôle emploi », allez savoir… ?

La direction a justifié son recours aux emplois temporaires par un pronostic assez visionnaire et  hasardeux sur la baisse prochaine du chômage.

Quand, comment ?

 Nul ne sait, mais en un clin d’œil elle a aperçu au loin la lueur de sortie du tunnel de crise. A ce niveau de déclaration quelque peu indigne et de prophétie clownesque, on se dit qu’elle a dû égorger moult poulets pour lire dans leurs entrailles…

Et que sa vision s’apparente clairement à un mirage…

 

La direction voit double sur les heures supplémentaires

 

La direction maintient sa vision infantile d’un salut par les heures supplémentaires et cherche à s’illusionner sur le succès rencontré par ce dispositif auprès des salariés.

Le document en trompe-l’œil présenté aux élus répertoriant les HS et complémentaires effectuées de juin à août se paie le luxe de comptabiliser plusieurs fois les agents concernés, ce qui augmente faussement le nombre réel d’agents volontaires.

Je n’y vois même pas malice et n’incrimine pas les réalisateurs dudit document, je crois plus prosaïquement que tous les services sont débordés par la charge de travail et déstabilisés par les multiples modifications d’urgences prioritaires.

La direction ne préparant pas vraiment les réunions n’avait juste pas prévu que les élus auraient l’œil !...

La non adhésion des salariés à la politique de recours aux HS avait pourtant été montrée à la direction de manière éclatante le samedi 5 septembre, seulement 22 personnes ( comprenant l’encadrement ) s’étant positionnées pour venir travailler.

Cerise sur le gâteau, les salariés s’étant rendus bon pied bon œil sur leur lieu de travail ce matin-là se sont heurtés à des dysfonctionnements informatiques d’origine locale et nationale.

 

Confrontée aux critiques concernant les HS comme seule réponse pour faire face à la charge, la direction va tenir des propos hallucinants et nous donner une leçon de démagogie pour les nuls, expliquant que les agents qui effectuent des HS sont très contents et qu’il faut donc « tenir compte des réalités ».

Je n’en ai cru ni mes yeux ni mes oreilles…

Voir la réalité en face, en tenir compte semble être pour la direction un concept à géométrie variable, elle qui est dans le déni permanent des innombrables difficultés qui se posent et de la situation catastrophique dans laquelle elle met le personnel.

Par ailleurs, excusez-moi, Madame la direction, mais je vois d’un mauvais œil que vous veniez chasser sur mes terres. L’intérêt des salariés, c’est mon job et il ne m’avait pas semblé jusqu’ici que le souci de leur satisfaction figurât jamais au cœur de vos préoccupations…

Désolé de vous le dire comme cela, mais je n’irai sûrement pas confier à Jack l’éventreur la protection des prostituées de Whitechapel…

 

 

 

 

 

Des promotions à l’aveugle ?

 

Comme l’on n’est plus à un changement de pied près dans la stratégie managériale globale de l’institution, on apprend que les EPA ( Entretiens Professionnels Annuels ) à destination des salariés relevant du droit privé sont purement et simplement annulés cette année.

Je n’ai jamais été fan de cette séance de mortification bureaucratique mais force est de constater que cette annulation pose problème.

Je relève d’ailleurs ironiquement que le temps n’est pas si lointain où l’instauration des EPA était présentée par la direction de l’époque  comme l’alpha et l’oméga d’une politique RH efficiente et en était à se demander comment l’entreprise avait bien pu fonctionner jusque-là.

Souvent direction laisse place, vision change mais manipulation perdure.

Car la direction actuelle est bien en peine de justifier la disparition d’un dispositif qu’elle défendrait comme la prunelle de ses yeux dans un autre contexte. Pas assez courageuse pour avouer que ces EPA n’étaient pas d’une nécessité insurpassable et qu’on n’a pas de temps à perdre cette fois-ci avec ce genre de bêtises…

Ces entretiens présentaient toutefois un intérêt, celui de permettre à un salarié, à l’occasion du point fait sur ses activités, de faire part entre quatre yeux à son supérieur hiérarchique de ses souhaits de promotion.

Même si ces EPA n’empêchaient pas que les salariés bien vus progressent plus vite que ceux coupables d’avoir le mauvais œil, la suppression de cette occasion unique d’expression opacifie singulièrement la loyauté de la campagne de promotions 2009.

Suprême incohérence, on découvre que les critères d’évaluation retenus pour une attribution sont précisément les mêmes que ceux qui étaient débattus…pendant les EPA !

Pas de problème pour la direction qui conserve son pouvoir de double vue. Dans le cas d’une promesse purement orale faite par un manager à son collaborateur au cours d’un EPA précédent - promesse qu’il n’aura plus l’occasion de rappeler ne serait-ce parce qu’il aura changé de responsable dans le cadre d’un site mixte par exemple - eh bien pas de souci : les RH sont paraît-il au courant.

Sans blague ? C’est inquiétant, ils ont des micros planqués dans le pot d’orchidées et les téléphones sont sur écoute, c’est ça ?

Ce qu’on appelle « l’œil de Moscou »…

 

Des sites mixtes à perte de vue…T.O.C, T.O.C…

 

Le seul sujet qui ait jamais intéressé la direction, sa pathologie à elle, son trouble obsessionnel compulsif.

J’ai fini par comprendre que lorsqu’elle affirmait avoir une vision, elle ne parlait que de son objectif d’ouverture du plus grand nombre de sites mixtes « poudre aux yeux » dans le minimum de temps.

Après avoir fait les yeux doux aux élus pour obtenir un accord sur les principes généraux de déploiement, la direction se met soudain à avoir les yeux plus gros que le ventre et s’estime déliée de toute obligation d’information/consultation auprès du CET pour les ouvertures de sites prévues.

Sans avoir la moindre idée de ce qu’on y fera vraiment, sans jamais manifester le moindre intérêt pour les conditions de travail des salariés, sans jamais se préoccuper de l’organisation qui y sera mise en place ( confiant la gestion de la pagaille aux directeurs de site ), sans jamais être tracassée par la médiocrité du service à l’usager qui en résultera, sans même jamais s’interroger sur des concepts aussi ésotériques pour elle que le possible ou le souhaitable.

La direction myope comme une taupe compte bien continuer à creuser droit devant elle les galeries de sa perfidie, finissant de saper les fondations déjà branlantes du jardin de son dialogue désormais de malfaisance.

Je me permettrai cependant de lui signaler qu’elle se met le doigt dans l’œil jusqu’à l’acromio-claviculaire si elle pense sérieusement qu’elle peut s’asseoir sur toutes les règles et toutes les instances parce que tel est son bon plaisir…

Il existe encore des juridictions dans ce pays chargées de remettre dans le droit chemin les contrevenants qui n’ont plus les yeux en face des trous.

Le récent jugement du TGI de Limoges vient opportunément rappeler à une direction régionale ce qu’il en coûte de ne pas avoir une vision très claire de ce que l’on peut vraiment se permettre…

La direction a les dents longues et nous ne la quitterons plus des yeux.

« Œil pour œil, dent pour dent », je viens de comprendre le sens de l’expression…